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Un article de Pierre Henri Lab paru dans l’humanité du 22 septembre 2005

électricité de france le débat interdit

jeudi 22 septembre 2005 par Pierre-Henri Lab

Électricité de France privatisée avant novembre ? Selon le Figaro d’hier, le placement des actions de l’entreprise publique auprès d’investisseurs institutionnels pourrait intervenir aux environs du 24 octobre prochain et devrait rapporter 9 milliards d’euros à l’opérateur. Le ministère des Finances aurait fixé la valeur d’EDF aux alentours de 60 millions d’euros. Même s’il a démenti ces révélations, le gouvernement semble décidé à procéder vite, très vite, à l’ouverture du capital d’Électricité de France. Manière de prendre de vitesse ses opposants et de mettre le pays devant le fait accompli avant qu’un éventuel débat public sur les enjeux énergétiques ne vienne lui compliquer la tâche. Cette précipitation vise aussi à donner à EDF les coudées franches pour prendre part à la lutte que se livrent les opérateurs européens pour le contrôle du marché de l’électricité.

le gouvernement se précipite

La précipitation avec laquelle le gouvernement agit pour ouvrir le capital d’EDF témoigne des difficultés qu’il rencontre pour mener à bien son projet. Le contexte politique, marqué par le référendum du 29 mai et le rejet sans appel du libéralisme par les électeurs, demeure peu favorable à une nouvelle privatisation. À l’obstacle d’une opinion publique majoritairement hostile au libéralisme s’ajoute la crise énergétique provoquée par l’envolée du prix du pétrole. Alors que notre dépendance énergétique vis-à-vis des hydrocarbures et les problèmes qu’elle engendre apparaissent au grand jour, le renoncement même partiel de l’État à la maîtrise d’un outil énergétique comme EDF s’avère complètement anachronique. Enfin, demeure la faiblesse des arguments avancés par l’État pour justifier son projet : EDF aurait besoin de moyens pour financer son développement européen et investir, en particulier dans la production, la distribution et le transport d’électricité. Cette argumentation est mise à mal par les adversaires de l’ouverture du capital, syndicalistes d’EDF en tête. À l’instar de la CGT de l’énergie, ceux-ci ne contestent pas les besoins d’investissements à opérer dans l’électricité en France comme en Europe mais soulignent que la capacité d’autofinancement de l’entreprise publique est importante et que d’autres - solutions comme l’emprunt s’avéreraient moins onéreuses et moins contraignantes pour l’entreprise. Moins onéreuses, car les taux d’intérêt restent en deçà des retours sur investissement exigés par des actionnaires. Moins contraignantes, car elles n’impliquent pas un changement de propriété de l’entreprise.

financer de futures acquisitions ?

Deuxième raison à la précipitation gouvernementale : depuis l’été, la restructuration du marché européen de l’électricité s’est accélérée et EDF, pour se placer en tête du marché européen, ne peut rester en dehors de ce mouvement. Hier, son conseil d’administration devait étudier les conditions de sa montée en puissance dans le capital du groupe suisse Atel. Plus qu’à un investissement dans la production d’électricité, les 9 milliards que devrait rapporter l’ouverture du capital pourraient en fait essentiellement être employés à financer de futures acquisitions. Cette stratégie est vivement dénoncée par les syndicalistes, qui notent qu’en Europe 100 milliards d’euros ont déjà été dilapidés de cette manière sans que cela permette de construire un seul moyen supplémentaire de production, alors que le déséquilibre entre l’offre et la demande d’électricité est flagrant. L’OCDE chiffre à 1 152 milliards d’euros le montant des investissements à effectuer en Europe dans le secteur d’ici à 2030.

« edf est propriété de la nation »

La tentative de passage en force du gouvernement devra compter avec l’hostilité des syndicats. À EDF, la CGT, FO et la CFTC entendent se mobiliser pour le maintien du statut 100 % public de l’entreprise, tandis qu’au niveau national la CGT a décidé de donner une ampleur nationale à cette bataille. Un tract à un million d’exemplaires a été édité à destination des usagers. Enfin, le 4 octobre prochain, même si la défense du service public ne figure pas formellement dans la plate-forme de la journée d’action unitaire, la CGT entend en faire « un objectif de mobilisation ». Deux raisons principales l’ont amenée à prendre cette décision, comme l’explique le secrétaire confédéral de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou (voir en page suivante) : « Premièrement, EDF est propriété, non pas de - l’État mais de la nation. L’avenir d’EDF mérite donc une véritable confrontation politique. Deuxièmement, les enjeux énergétiques actuels démontrent que la bataille contre l’ouverture du capital ne concerne pas que la seule défense des intérêts des agents du service public. »

* Parution. Dans son numéro de juillet et août 2005, la revue Économie et politique publie un document intitulé « Une politique énergétique pour la France ». Cette plaquette de 24 pages réalisée par la commission énergie du PCF fait le point sur les enjeux énergétiques mondiaux, les propositions que le PCF verse au débat pour y répondre, la question de l’Europe de l’énergie et avance des pistes pour une alternative à la privatisation des services publics dans ce domaine. Renseignements : 01 40 40 13 83.

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